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samedi 1 juin 2013

La méduse

Wassily Kandinsky, Plusieurs Cercles (Einige Kreise), Musée Guggenheim New York
La méduse

Tout s’est passé sans ma volonté et pourtant je l’ai vécu. Maintenant, je ne me rends pas compte du temps qui passe et j’ai l’impression d’oublier mais dès que je soulève la couverture poussiéreuse de la vie, voici les souvenirs clairs et nets qui s’attachent à mon corps comme des méduses. C’est cela la mort : une méduse toujours vivante, toujours prête à s’attacher à toi, à nouveau, avec toute son angoisse et sa souffrance.
Et ainsi le temps passe. Inexorable. Depuis que ma mère est partie, je ne sais même pas comment j’ai fait. La seule pensée de son absence me blesse et me fait saigner. Je suis désormais une blessure déguisée de santé parce que depuis le premier moment où je l’ai vue, sans forces, dans ce lit d’hôpital, c’est comme si un pilote automatique s’était allumé en moi. C’est comme cela, il n’y a pas d’autres explications. Chacun de nous a un pilote automatique qui s’allume quand la vie devient
insoutenable, quand les forces nous abandonnent et qu’on ne sait plus par où aller.

Mon pilote automatique m’a poussée jusqu’ici, trois ans après ta mort, et parfois, il prend encore le volant pendant ces jours gris où je n’arrive pas à démarrer, quand la pensée de ton absence est un poids sur ma tête, le vide des mots un silence assourdissant. Et tu me manques profondément, tellement au fond de moi-même que je peux à peine raconter, trouver les mots. C’est à ce moment-là, exactement, avant de m’évanouir, que mon pilote automatique arrive ! Il est si fort ! Il sait
toujours quoi faire !! Il me rappelle ce qui est plus urgent et ce qui l’est moins, c’est lui qui m’a fait étudier à l’hôpital pendant que tu étais dans le coma, c’est lui qui m’a poussé à revenir à Bruxelles après ta mort, à faire 2000 km pour prendre en main ma vie, à chercher un stage, puis un travail, puis un autre. Nouveaux amis, nouveaux collègues, nouvelles aventures. Tout avait un gout nouveau et simple car le pire était déjà passé : je t’avais perdue.


Perdre sa mère est un peu perdre une partie de soi-même. La mère représente ton origine, ton soutien, ton futur. Pour une femme, elle est l’image de ce que tu pourrais devenir : tu peux t’identifier, tu peux t’éloigner, tu peux la refuser. Ce n’est que quand elle n’est plus là que tu te rends compte qu’à partir de ce moment, tu ne pourras compter que sur toi-même pour avancer. Mais la nature a pensé à tout, elle nous a équipés d’un pilote automatique pour les moments difficiles. Il suffit de ne pas tricher, de ne pas faire semblant que tout aille bien mais simplement d’accepter que ce que tu es en train de vivre est bien pire que ce que tu n’aurais pu imaginer. Et le pilote automatique s’allume, il te fait comprendre ce qui est important, il t’oriente, il donne un sens à ta vie - désormais le bien le plus important entre tes mains.

Non, ce n’est pas vrai que je suis plus forte, comme certains le disent. Tout simplement, je me laisse conduire par mon pilote automatique car il sait où aller. Je ne le connaissais pas avant ta mort parce que tu étais à mes cotés, qu’on pouvait parler, que tu pouvais me conseiller. Peut-être maintenant est-ce toi qui allumes mon pilote automatique quand il faut et ainsi je ne me perds pas.

Merci, maman.

Cristina Santomauro

(En écoutant Richard Bona M'Bemba Mama  -  http://www.youtube.com/watch?v=2gFAurGgYH8


Chère amie,

J’ai été frappée par ton témoignage, plein d'images très fortes comme celle de la méduse et du pilote automatique. J'ai connu ça moi aussi. C'est très difficile, comme tu l'as dit à plusieurs reprises, de parler de ce passage de ta vie car les émotions éprouvées étaient indicibles. Les images t'ont aidée à exprimer ce vécu.

Moi, à travers la lecture de ton texte, j’ai vu plein de couleurs et la musique de l'œuvre abstraite de Wassily Kandinsky Plusieurs Cercles.
Les couleurs et les formes expriment nos émotions quand on ne sait pas les dire, elles savent faire vibrer notre âme.  « La couleur est la touche, l’œil, le marteau, l’âme, le piano, l’artiste est la main qui, par le bon choix des touches, met l’âme du spectateur en vibration»[1]. Ainsi parlait Kandinsky dans son livre Du spirituel dans l'art, où il expliquait sa démarche artistique et sa théorie des couleurs.

Alors moi, j'ai vu ton âme profonde, pleine d'énergie, qui, face à la mort d’une mère, se révèle en découvrant une force intérieure, profonde, légère et mystérieuse à laquelle s'abandonner. Les couleurs peuvent peut-être mieux exprimer cette sensation que j'ai perçue.
Dans le tableau de l'artiste russe, on retrouve une grande sphère bleue dominante sur laquelle est superposée une sphère noire, plus petite. Tout autour, comme dans une éclipse de soleil, se déploient des rayons flous blanc et bleu ciel qui semblent influencer et aussi faire bouger l'atmosphère sombre qui remplit le cosmos, c'est à dire l'espace du tableau. Une atmosphère lourde, marron (couleur qui représente la dureté) dotée d’un son intérieur très puissant.

Pour Kandinsky, le bleu a une forte vocation de profondeur et d'intimité. Il rappelle l'idée d'infini, la nostalgie du surnaturel. Cela, c'est l'âme humaine, c'est ton cri adressé à ta maman «  tu me manques [...] tellement au fond de moi-même». Le noir, par contre, est nul, sans possibilité, l'immobilité, comme quelque chose qui s'est éteint, comme le silence du corps après la mort. Là, je perçois ton expérience de la mort (« je t’avais perdue ») face à laquelle tu « peux à peine raconter, trouver les mots » : « le vide des paroles est un silence assourdissant.». Et cette douleur imprègne aussi l'atmosphère qui se transforme en méduse et enveloppe les bulles colorées. Mais tout autour du bleu, il y a des rayons blancs, de l'énergie toujours jeune, pleine de possibilités, les mêmes qui se déploient en toi. C'est peut-être cette énergie qui fait toujours démarrer ton pilote automatique !

Les autres sphères, qui semblent toutes arriver et s'éloigner confusément du cercle bleu-noir-blanc dominant, suivent leur rythme, comme des bulles de savon dans l'air. Elles sont de plusieurs couleurs : plus terrestres, expansives, superficielles et folles (comme le jaune), plus fortes, dynamiques et énergiques (le rouge), plus jeunes, joyeuses, innocentes, corporelles et pures (le rose), plus calmes et pleines, accomplies (le vert), plus immobiles et cachant une espérance secrète (le gris clair),plus distantes (le bleu ciel), plus tristes et malades (le violet) ou plus fortes et en santé (l'orange).

Ceci, c'est la musique de la vie ! C'est ta musique : avoir étudié à l’hôpital, avoir repris ta vie à Bruxelles, avoir fait des nouvelles rencontres... Et tout ça avec un parfum et un goût de simplicité. La même simplicité de ces bulles de savon qui dansent dans l'air, dans ce souffle qui les guide. Alors, voilà, bravo au pilote automatique, « si forte ! ». Un pilote qui a même une musique parce qu’en regardant le tableau et ses cercles, il me semble bien entendre des notes, des instruments, des pauses, un rythme...

Nous sommes bien conscients du noir vécu et des « méduses » de notre vie, mais aussi du fait que nous avons notre musique à suivre, la juste profondeur qui peut nous donner du sens et à partir de là, de nouvelles possibilités de vie peuvent naitre pour notre existence. « Il suffit de ne pas tricher, de ne pas faire semblant que tout aille bien mais simplement d’accepter que ce que tu es en train de vivre est bien pire que ce que tu n’aurais pu imaginer. Et le pilote automatique s’allume, il te fait comprendre ce qui est important, il t’oriente, il donne un sens à ta vie - désormais le bien le plus important entre tes mains.»

Bien amicalement,
Monica Fasan.




L'ensemble des éléments présents sur les pages de ce blog est conforme aux droits de la propriété intellectuelle. Si, malgré tous nos efforts, certains auteurs ou ayants-droit n'ont pu être identifiés, ces personnes sont invitées à se manifester auprès des services du Vicariat de Bruxelles.
deuiletesperance@gmail.com


[1]    Wassily Kandinsky, Du spirituel dans l'art, et dans la peinture en particulier, éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 1989

samedi 11 mai 2013

Nés vulnérables. Petites leçons de fin de vie


Nés vulnérables. Petites leçons de fin de vie.

Que vivons-nous durant ce temps d’avant la mort, lorsque la maladie mortelle fait son œuvre et gagne du terrain ? Que faisons-nous à écouter, à être témoin de l’avancée de la maladie, de la souffrance, de la douleur, de la mort de l’autre ? Qu’est-ce qui fait que nous continuons quand le « à quoi bon ?» se fait obsédant ?

A partir de son expérience de psychologue dans un service de soins palliatifs, l'auteure tente     de  dire ce qui met à mal.

Ce temps de fin de vie n'est pas un temps de vaine attente. Beaucoup de choses se vivent ou remontent à la surface, des parts en soi jamais entendues qui cherchent un lieu pour se déposer et se transformer. Face à la maladie qui s’impose et plonge dans le chaos, savoir que l'on n'est pas seul, faire l'expérience d'être porté comme à notre origine, peut réveiller « l'enfant rieur » qui sommeille en nous et nous mettre en contact avec des forces insoupçonnées, profondes, qui nous portent vers la vie et nous donnent la force de supporter l'insupportable. 

Agnès Bressolette est psychologue, psychothérapeute et participante à l'Ecole Belge de Psychanalyse. Après avoir accompagné des couples et des adultes dans un centre de consultations avec une équipe pendant plusieurs années, elle travaille actuellement dans un service de soins palliatifs à Bruxelles et pour des consultations en privé. 
 
Librairies :
CDD Arlon 063 21 86 11
CDD Namur 081 24 08 20 www.librairiescdd.be
 
Siloé Liège 04 223 20 55 www.siloe-liege.be
 
UOPC Bruxelles 02 663 00 42 www.uopc.be
 
 
 

 

 

 

 


 

lundi 15 avril 2013

On va où quand on est mort?

On va où quand on est mort?
Texte de Martine Hennuy et Sophie Buyse - Ed. Alice Jeunesse - Illustrations de Lisbeth Renardy.



Aujourd'hui, en classe, on a parlé de la mort et je n'ai pas pleuré. L'institutrice nous a demandé: "On va où quand on est mort?". "Dans la terre" à dit Jordan. "Au paradis", a dit Camille. Une chose est sûre: avec Madame, on a compris qu'il y a "la mort" et "les morts'. On n'aime pas la mort car elle nous fait trop souffrir. Mais on aime toujours les morts parce qu'ils nous accompagnent dans notre vie, au plus profond de notre cœur.

Chacun vit son deuil à sa façon, mais parler de la mort aide à en avoir moins peur.

Librairies :
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jeudi 21 mars 2013

Au revoir Blaireau

Au revoir Blaireau
de Susan Varley - Ed. Gallimard - Traduction: Marie-Raymond Farré

Un livre splendide et bien connu de beaucoup, sur la mort de Blaireau. Ses amis : Renard, Taupe, Lapin sont tristes et très affectés par le départ de Blaireau, et cependant: que de souvenirs, que de vie Blaireau a-t-il laissés derrière lui!


Librairies :
CDD Arlon 063 21 86 11
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vendredi 8 février 2013

Pour dire Merci et Au revoir...

Pour dire Merci et au revoir...

Les textes et autres documents qui ont été rassemblés ici par l'équipe de Pastorale scolaire diocésaine l’ont été sous le coup de plusieurs émotions fortes.

Chaque fois que la mort frappe à la porte des écoles, nous vivons cela d’abord comme un contresens. L’école, en effet, accueille des enfants et des jeunes en croissance. Quand la mort, par accident, par suicide, par maladie endeuille une communauté scolaire, toute cette communauté se sent à la fois trahie et étrangement unie. La croissance est-elle à jamais contredite ?

Le plus souvent, au contraire, le traumatisme qui accompagne le décès d’un professeur, d’un élève ou d’un être proche de la communauté éducative permet à cette communauté de saisir, par le travail du deuil, qu’elle existe vraiment, que la croissance continue, malgré cette déflagration.

Tous les membres de notre Pastorale scolaire diocésaine ont connu des deuils à l’école. Cela seul nous autorise à vous offrir un répertoire où votre chagrin trouvera peu ou prou à s’exprimer, voire à s’éponger. Mise en ligne, cette petite anthologie vous permettra aussi d’augmenter, par le partage des documents que vous apporterez, les sensibilités diverses qui sont les vôtres.

Nous n’avons rien voulu faire d’autre que de servir au mieux la vie dans les écoles (et même, qui sait en dehors d’elles?). Si nous croyons à la vie, nous accueillons la mort et son passage toujours rude et souffrant vers un au-delà que nul ne peut imaginer.

L’équipe de Pastorale scolaire diocésaine pour l’enseignement secondaire (Malines-Bruxelles).

Téléchargez ici le document.

lundi 28 janvier 2013

Veillée dans la famille en deuil jusqu'à l'inhumation

Veillée dans la famille en deuil jusqu’à l’inhumation


Photo ayaas.net
Dès l’annonce du décès, le deuil commence. C’est le moment où jamais qu’apparait le caractère social du deuil. La famille éprouvée se prépare à recevoir le soutient des parents, amis et connaissances. Il faut pour cela un cadre pour accueillir les visites de consolation et de soutien moral en attendant l’inhumation. Les visites ou la veillée ont lieu soit à une résidence indiquée par la famille soit dans une salle prise en location.

Afin d’éviter les charges à payer pour la salle ou pour la famille qui reçoit, la veillée est souvent programmée un ou 3 jours avant l’inhumation. Avant cette veillée, les visites ponctuelles ne sont pas interdites. C’est souvent à ce moment là que la famille a besoin d’un soutien et d’accompagnement moral et spirituel pour accepter et vivre l’événement dans la foi et la sérénité. 


Célébration de retrait de deuil ou le 40ème jour

Célébration de retrait de deuil ou le 40è jour

Photo ayaas.net
Une fois l’inhumation terminée, rien n’est encore fait. Il faut  le retrait de deuil c’est-à-dire « faire son deuil ». Le contraire conduit à des conséquences sociales et psychologiques pas intéressantes. Pour « faire son deuil »,  on a recourt très souvent à la célébration eucharistique suivie d’un verre ou un repas de convivialité. Cette célébration peut avoir lieu le jour même de l’inhumation ou longtemps après. Quand le retrait de deuil a lieu plus tard, il est organisé soit symboliquement le 40è jour soit à la date du premier anniversaire de décès ou  à une autre date circonstancielle déterminée par la famille. Elle peut aussi se limiter aux  intentions  pendant les célébrations eucharistiques.

Célébrer le « retrait de deuil » est un moment festif. Il n’est plus question de jaser les douleurs qui ont entourée la mort de la personne mais c’est  l’occasion de célébrer la vie, les meilleurs souvenirs du défunt et aussi occasion de remercier toutes les personnes qui ont assisté la famille  pendant les funérailles. C’est aussi le moment pour certaines personnes de se joindre à la famille parce que, en son temps, elles n’ont pas pu, offrir à la personne ou famille endeuillée leur compassion. « Etre aux côtés de ceux qui n’ont plus de mots, offrir notre oreille et notre cœur à leur désespérance, n’est-ce pas là le premier pas d’une authentique évangélisation ? » (Paul-Emmanuel Biron, Pastoralia n°9/nov. 2012 p.275)

Célébrer les funérailles pour les africains en Belgique



Photo ayaas.net
L’organisation liée aux célébrations des funérailles doit tenir compte de quelques paramètres : le lieu du décès, les valeurs et les habitudes traditionnelles à chaque pays ou cultures et les exigences d’où est issu le défunt ou la défunte  sans omettre  les formalités d’usages  en Belgique.


 Le décès en Belgique :
-    inhumation en Belgique
-    inhumation dans le pays d’origine 
Dans l’un ou l’autre cas, la célébration des funérailles peut se faire en présence  ou  en absence du corps du défunt. Ce dernier aspect influe considérablement dans la façon d’organiser la célébration. C’est l’occasion pour les organisateurs d’y mettre la couleur du pays d’origine dans la célébration par des gestes, des symboles et des paroles et des chants. 
Photo ayaas.net







Le décès dans le pays d’origine
-    Célébration des funérailles au jour de l’inhumation : 
     En signe de communion avec toute la famille qui vit le deuil au pays, nombreux sont ceux qui souhaitent que, le jour même d’inhumation, une célébration eucharistique soit organisée ici en Belgique en mémoire du défunt.
-    Célébration des funérailles le week end qui suit l’inhumation ou un autre jour possible : Il est souvent difficile d’être entouré des amis et connaissances en semaine, la famille endeuillée peut organiser la célébration le week end qui suit l’inhumation et un autre jour  afin d’avoir un maximum des personnes.

Dans l’un ou l’autre cas, la célébration se termine par un verre ou un repas selon les organisateurs.  Ceux-ci prennent le soin d’annoncer  immédiatement la célébration « du retrait de deuil » ou le 40è jour au cas où il n’a pas lieu le jour même de l’inhumation.

     Cet article fait partie du dossier 'Le deuil et la communauté africaine'. Voir    également:


La célébration du deuil dans le milieu des Africains

LA CELEBRATION DU  DEUIL DANS LE MILIEU DES AFRICAINS

                          
Photo ayaas.net
«Priez sans cesse. En toute circonstance, soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus ». 1Thess5, 17. Le deuil est une des circonstances possibles de communion et d’action de grâces. Par des signes, des gestes, des paroles, des rites et des symboles propres, les africains de Belgique ou d’ailleurs essaient de vivre ici et là le deuil en famille, en communauté et en Eglise. Pour nous, célébrer les funérailles dans l’Eglise et en Eglise est un acte de foi et d’espérance en Dieu qui donne sens à la vie dès la conception jusqu’à la mort. C’est pourquoi la célébration de deuil et des funérailles se fait pour la majorité des cas  avec une Eucharistie.

En Belgique, les africains ne forment pas un peuple, une seule et une même culture. Ils sont différents par leurs origines géographiques, culturelles, ethniques et tribales. La diversité, loin de constituer une raison des rivalités inutiles, constitue un atout pour l’originalité de chaque célébration de deuil ou de funérailles. Le sens d’écoute dans un esprit d’ouverture est un élément propice pour aider la personne ou la famille endeuillée de mieux célébrer et  faire le deuil.

Dans un contexte différent de leur milieu culturel d’origine, de nombreux africains en Belgique se sentent perdus. Ils ont besoin d’accompagnement et de soutient sociologique, spirituel et psychologique pour vivre la mort d’un proche. C’est dans ce sens là que le deuil constitue, à notre avis, un des lieux d’évangélisation et de proximité pastorale autant pour les africains que pour tous le monde. 

Cet article fait partie du dossier 'Le deuil et la communauté africaine'. Voir également:
Célébrer les funérailles pour les africains en Belgique
Veillée dans la famille en deuil jusqu'à l'inhumation
Célébration de retrait de deuil ou le 40ème jour

lundi 21 janvier 2013

Le sacrement des malades

Les équipes de visiteurs ont récemment créé une brochure sur le sacrement des malades.


Photo Vicariat Brabant wallon
Son objectif ?  Devenir un outil de dialogue entre la personne visitée et le visiteur, afin de présenter et de parler du sacrement des malades.

Page après page, cet outil aborde des questions liées à la maladie, à la souffrance, à la foi. Comment chaque personne vit-elle les différentes dimensions liées à sa santé, son âge, son hospitalisation ?

Un cheminement qui se fait avec l'assentiment de la personne: elle peut refuser d'aborder certaines pages et décider de s'arrêter. Les idées qui ressortent de la discussion ainsi engagée peuvent être retravaillées et intégrées à la célébration, (tout en gardant le secret professionnel!) pour vivre un temps fort, incarné et porteur de vie.

Le sacrement des malades est destiné aux vivants, et non aux mourants!  Cliquer ici pour télécharger la brochure.




Equipe des visiteurs de malades


Photo Mathieu Dulière
« Visiter régulièrement des personnes malades, âgées, isolées, handicapées qui le demandent, à domicile ou en maison de repos, dans le respect de leurs convictions, voilà le service que rendent les visiteurs bénévoles à Bruxelles. Ils sont les témoins privilégiés de ce que vivent les personnes visitées : solitude, abandon, silence, difficultés du grand âge, questions de sens et de non sens, joies, projets, espoirs, …. Les accompagner dans ce qu’elles vivent, entendre les confidences, les récits de vie, écouter les questions spirituelles ou religieuses, ils connaissent cela. »

Equipe des Visiteurs de malades
Eglise catholique de Bruxelles - rue de la Linière, 14 à 1060 Bruxelles - Tel 02/ 533 29 60 (répondeur en cas d'absence) - equipesdevisiteurs@catho-bruxelles.be

mardi 8 janvier 2013

Photo: Erminio Modesti

Lachrymae -
Une des chroniques 'sous la table' parue dans la Libre Belgique
par Lucien Noullez - (c) La Libre Belgique 2005

Voilà ce qu’on doit bien annoncer un jour à un enfant : « Ton Bon-papa est mort… »

Et la réponse de l’enfant est simple, au fond.

Il ne dit rien. Il prend d’abord un air étranger, puis son visage se tord, et puis ses larmes tombent. Lachrymae.

C’est la toute première fois que son univers intime change vraiment. « A chaque homme qui meurt, le monde recommence » dit une vieille chanson de Bécaud. Voilà l’enfant devenu rouge. Sans aucun autre appui, pour déverser sa solitude, que la grimace, et cet excès du corps, de l’âme, du visage et de la vue, qu’on nomme les larmes. Lachrymae. Parler simplement de tristesse serait faire insulte au débordement que cet émoi exprime. Parler de désespoir serait idiot. Le chagrin, le simple chagrin, le lourd, le vrai chagrin se manifeste soudain, dans la vie. Avec Bon-papa, on a joué à la plage. On a senti les odeurs étonnantes d’un  corps travaillé par le temps : ce mélange d’eau de Cologne et de vieillesse… On a rigolé. On a osé, parfois, des mots interdits. On a aussi entendu parler d’une époque éloignée, où la télé n’existait pas, où les chevaux passaient dans les rues, et quelquefois aussi la peur. On s’est fait une image forte du bonheur et de la joie, qui eurent à traverser la guerre. Alors, le désespoir…

L’entourage, lui, se montre un peu plus fort. Les adultes, il est vrai, n’en sont pas à leur premier deuil. On sait à peu près comment s’y prendre, à qui il faut téléphoner, qui il faut alerter. La maladie, lentement, minait ce pauvre corps, et elle a eu raison de lui… à quelle heure encore ? Dans le cours sans répit du temps, voilà que la seconde même où le grand-père s’est éteint revêt une importance particulière. Et là, devant lui, tout juste après que l’hôpital ait appelé les plus proches, on demeure, malgré tout, stupéfait.

Certes, comme on le dira plus tard, « on s’y préparait » ; certes, avec toutes les machines qui le maintenaient en vie « il n’était plus très beau à voir »… Il n’empêche qu’on est interdit. Cette immobilité de visage et de poitrine, ce silence incroyable du corps… On mesure soudain combien la vie remue, combien, même fragile, surtout fragile, elle est vivante. A tel point qu’une espèce d’incrédulité frappe les visiteurs. Evidemment, on reconnait le corps du grand vieillard. Mais ce n’est plus tout à fait lui. Privé de la batterie du cœur et de la forge des poumons, il est semblable à ce qu’on a connu, et proprement méconnaissable.  

Lachrymae. Les Albigeois parlaient de la mort, comme du « baiser de Dieu », et les mystiques orthodoxes, évoquent abondamment, le « don des larmes ». « Je pleure, parce que vous ne pleurez pas ! », dit, pour sa part, un personnage de Kieslowski, à une jeune femme qu’un double deuil violent et pénible a durci jusqu’à l’aphasie.

Il ne faut pas être croyant pour saisir que, dans chacune de nos existences, la rencontre avec la mort constitue une expérience spirituelle. Soudain, la vie doit se repenser autour d’une absence. Brutalement, car, même si on attend le décès d’un parent dont les souffrances et l’état nous sont devenus insupportables, l’annonce de la mort constitue toujours une déflagration. On doit reconsidérer les liens de famille. Soudain, le défunt n’a plus que nous pour le défendre, pour en parler, pour l’insérer peu ou prou dans la mémoire. Et, tout à coup, parce qu’un terme y a été mystérieusement mis, cette vie se révèle à la fois lumineuse et obombrée. On se souvient, et on peut encore rire, de ses facéties. Mais on évoque aussi, par devers soi, tant de choses qu’on aurait pu lui dire, tant de questions que l’on n’a pas voulu ou osé lui poser…

Lachrymae. Il ne se passe plus une année sans que je sois invité à m’associer à plusieurs deuils. Cette présence de la mort, qui, forcément, s’accroit avec l’âge, il arrive qu’elle m’effraye, bien sûr. Mais quelquefois aussi, à l’instar d’une musique qui s’achève, ou d’un grand livre dont on tourne la dernière page, elle m’apaise. Les morts ne sont pas parmi nous pour nous hanter, et moins encore pour nous décourager. Ils résonnent dans nos consciences et nos mémoires, comme autant de témoins de cette chose passante, dont nul ne maitrise l’origine ou les fins dernières, cette chose magnifique : la vie !

Lucien Noullez
(En écoutant Dowland et Benjamin Britten)

vendredi 14 décembre 2012

Les quatre saisons d'aimer

Les quatre saisons d'aimer de Jean Debruynne

Illustrations de Charlotte Légaut
Naître, Vivre, Paix, Mourir! 200 poèmes de Jean Debruynne à lire et à savourer pour dire et chanter les couleurs des quatre saisons d'aimer. De sa rencontre avec Jacques Prévert, il apprend la force des mots, des conversations avec Madeleine Delbrêl, l'obéissance au réel.

De très beaux textes: textes de méditation, de prière, pouvant aussi servir pour des célébrations de funérailles.


Librairies :
CDD Arlon 063 21 86 11
CDD Namur 081 24 08 20 www.librairiescdd.be
 
Siloé Liège 04 223 20 55 www.siloe-liege.be
 
UOPC Bruxelles 02 663 00 42 www.uopc.be

jeudi 13 décembre 2012

On ira tous au paradis

Le théologien Daniel Marguerat publie un dialogue avec la psychanalyste Marie Balmary autour du jugement dernier.
Un appel à "éterniser la vie".

Leur livre 'Nous irons tous au paradis' est paru aux Editions Albin Michel.

Lire ou téléchargez l'article paru dans La Vie - n°3504 du 25 au 31 octobre 2012

mardi 11 décembre 2012

La jeune fille et la mort


LA JEUNE FILLE ET LA MORT



Photo: Erminio Modesti
Franz Schubert (1797 - 1828) compose en 1824 une variation pour quatuor à cordes de son Lied, inspiré par le poème de Matthias Claudius La jeune fille et la Mort.
Ce thème trouve son origine dans la  mythologie grecque où l’enlèvement de Perséphone par le dieu des Enfers, symbolise la mort et la renaissance, annonciatrices du cycle des saisons. Ce rappel du caractère éphémère de la vie a, au cours des siècles, inspiré bon nombre d’artistes, dans tous les domaines (peinture, littérature, cinéma,….).

Le texte de Claudius se présente sous la forme d’un dialogue entre une jeune fille et la mort qui s’approche :
Jeune Fille                                                                 Mort
Va-t’en ! Ah ! Va-t’en !                                               Donne-moi ta main, belle et tendre créature
Loin de moi, cruel squelette                                      Je viens en ami, non pour te punir
Je suis encore jeune, laisse-moi                              Sois courageuse, je ne suis pas cruel
Chère mort et ne me touche pas.                             Tu dormiras apaisée dans mes bras.

Le quatuor de Schubert évoque donc une jeune fille remplie d’espoir et de révolte contre l’inévitable face à une Mort accueillante, douce, apaisante. 

Schubert fait très tôt l’expérience du deuil dans son entourage. Lui-même, jeune adulte, est frappé par la maladie. Victime d’une infection, il alterne les périodes de rémission et de souffrances mais sa santé se dégrade inexorablement. Conscient de la fragilité de l’existence, il puise dans sa douleur pour trouver cette paix intérieure qui guide son inspiration. De ses compositions, Schubert dira : « A écouter en hiver, mais dans mes Lieder, le printemps avec toutes ses fleurs est déjà présent ». Résigné face à cette mort qu’il sent proche (il meurt à 31 ans), le compositeur croit en cette vie éternellement heureuse qui attend tout être humain.

Demain, dès l'aube


DEMAIN, DES L’AUBE
Photo: Erminio Modesti

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
 Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
 Et, quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
 Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, Les Contemplations, Livre IV, XIV

Les Contemplations est un recueil de poèmes écrits par Victor Hugo (1802 - 1885) en souvenir de sa fille aînée Léopoldine, morte noyée dans la Seine avec son mari en 1843, à l’âge de 19 ans. Certains poèmes évoquent l’amour et la nostalgie du bonheur, d’autres la mort et le chagrin, toujours dans une langue simple, touchante, sans pathos.  
Le livre IV dont est extrait ce poème correspond au livre du deuil :
‘Le jour sera pour moi comme la nuit’. Plus rien n’a de vie, sinon la douleur. Elle conduit le poète, aveugle de tout ce qui l’entoure, jusqu’à la tombe de Léopoldine. Il y dépose lui-même feuilles et fleurs. Le bouquet y prendrait-il racine ?

Les morts nous parlent


Les morts nous parlent, du Père François Brune. Un ouvrage édité en 1988 et réédité par cinq maisons d’éditions, la dernière datant de 2009. 
Traduit en plusieurs langues, cet ouvrage a de quoi déconcerter : oui, il existe une vie après la vie. Les morts y cherchent à (r)établir le contact avec nous, les vivants.
 Et en la matière, la variété, dans le livre du Père Brune, impressionne : une médium captant le talent inabouti de grands compositeurs écrit leurs œuvres posthumes, les défunts communiquent leurs volontés par l’écriture automatique, des enfants décédés parlent à leurs parents par le biais d’enregistrements audio…. L’auteur, féru de paranormal mélange les genres et les témoignages, rapprochant la mystique des NDE (Near Death Experience / les Expériences de Mort imminente) à la mystique des saints catholiques, les visions de Marthe Robin aux hallucinations causées par l’usage du LSD. 
Dans la pastorale qui nous occupe, nous avons pu rencontrer des personnes qui ont, un temps, cru que leur fils leur parlait à travers une télé en veille, ou qui ont cherché à faire bouger divers objets, pour entendre les derniers souhaits de leur conjoint disparu. Sur le plan strictement humain, les dégâts sont immenses. Si comme catholiques, nous croyons qu’une ‘après-vie’ nous est offerte, nous restons néanmoins conscients que toute mort représente une véritable rupture. Un lien doit être défait, pour que d’autres se renouent. Avec ce type d’ouvrage, le deuil n’est plus cet espace ‘blanc’ dans lequel écrire cette marge, qui laisse le temps et la distance pour honorer la mémoire et cultiver le souvenir. Il incarne au contraire une sorte de radeau, accroché à un défunt qui donne l’impression de n’être pas vraiment parti. Le deuil est reporté, nié, oublié, et devient comme une course aux preuves de la ‘vie’ du défunt. Un exercice périlleux, et qui ne permet pas au cœur de panser ses blessures ; tout au plus peut-il camoufler les plaies, au pire les entretenir.
Ce que nous cherchons à transmettre par ce blog est un appel à accepter le deuil, à accepter d’être meurtri par celui-ci, pour mieux redonner sens à la vie qui peut renaître. Pour nous, l’esprit qui anime ce livre n’est pas celui d’un Christ venu pour écouter et épauler les vivants : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts[i] ».


[i] Matthieu 8,22

mardi 27 novembre 2012

Rencontre avec Régine du Charlat (3/3)



Tous en chemin

«  Baptisés en Jésus-Christ, c'est en sa mort que nous avons été baptisés, afin que comme Christ est ressuscité des morts… nous menions, nous aussi, une vie nouvelle » (Rm 1-14). Cette première partie du chapitre 6 de l'Epître aux Romains mériterait d'être citée en entier, jusqu'à la dernière phrase : «  Vous n'êtes plus sous la loi mais sous la grâce.  » Ce que le Christ a vécu, il nous est donné de le vivre avec lui. Il n'est pas davantage question ici de partage entre vivants et morts. La ‘vie nouvelle' est offerte à tous, ‘de toutes nations, tribus, peuples et langues', d'hier, aujourd'hui et demain.

Un autre paradoxe se présente alors : la vie nouvelle est déjà pleinement donnée mais, si en Christ elle est entièrement accomplie, en nous elle est encore à accomplir : chemin à suivre jusqu'au bout, semence qui doit mourir pour germer et porter du fruit, vigne qui doit se laisser émonder… Là encore, aucune distinction entre vivants et morts ce qui, rappelons-le ici, ne se comprend pas comme négation de la mort, à laquelle tout humain reste soumis, mais comme promesse d'une vie ‘neuve', cette vie de résurrection dont la foi déjà nous donne l'intelligence.



La communion des vivants et des morts

Au terme de ce bref parcours qui nous aura simplement placés au cœur de l'Evangile, le paradoxe demeure. La mort reste une inéluctable rupture que rien ne compense et qui nous laisse dans la totale ignorance de ce qu'il y aurait ‘de l'autre côté'. La foi, elle, nous établit dans la participation à la mort et à la Résurrection du Christ qui entraîne avec lui toute l'humanité dont il s'est rendu solidaire. Certains d'entre nous ont déjà passé l'épreuve de la mort. D'autres s'acheminent vers elle. Mais tous, dans la foi, nous nous croyons déjà passés de la mort à une vie ‘nouvelle ' : non pas reproduction mais réellement neuve, de la Nouveauté de l'Evangile. Nous le croyons aussi pour ceux qui ne partagent pas notre foi. Nous le croyons pour tous, vivants et morts. Mais, nous le savons aussi, cette vie nouvelle n'a pas encore trouvé sa pleine réalisation : conversion, ajustement, purification la poursuivent. Le ‘Purgatoire' n'est qu'une façon de désigner cette progression vers l'accomplissement en Dieu. En ce sens il est tout autant d'ici et d'au-delà. Vivants et morts, si radicalement séparés dans leur chair, se retrouvent ‘peuple immense' rassemblé dans l'attente des derniers jours, sous le signe de la Résurrection.

mardi 20 novembre 2012

Deux petits pas sur le sable mouillé

Anne-Dauphine Julliand, journaliste et mère de 38 ans, a traversé une terrible épreuve, qu'elle retrace dans un livre. Deux petits pas sur le sable mouillé raconte une famille heureuse: milieu privilégié, un fils de 4 ans Gaspard, une fille de 2 ans Thaïs et une maman enceinte d'un troisième enfant. Mais la belle histoire s'arrête brutalement: Thaïs est atteinte d'une leucodystrophie métachromatique, une maladie génétique orpheline, qui ne lui laissera que quelques mois à vivre.


Vous pouvez acquérir le livre d'Anne-Dauphine Julliand
Librairies :
CDD Arlon 063 21 86 11
CDD Namur 081 24 08 20 www.librairiescdd.be
 
Siloé Liège 04 223 20 55 www.siloe-liege.be
 
UOPC Bruxelles 02 663 00 42 www.uopc.be

Survivre à son enfant

La disparition d'un enfant, due à un suicide ou à toute autre cause, nous apparaît totalement inacceptable. Comment en tant que parents faire face à cette douleur dévastatrice, comment continuer à vivre?

Témoignage extrait du Hors Série de la Vie 'Vivre le deuil'. Cliquez ici pour le visionner ou le télécharger.
Les dessins de Cassandre ont été rassemblés par sa mère dans un blog lesdessinsdecassandre.blogspot.com